AFFAIRE BAZOUM / NIAMEY REJETTE LES PRESSIONS ET RECADRE L’UNION EUROPÉENNE
- 4 days ago
- 3 min read

Le gouvernement nigérien a vivement réagi à la résolution du Parlement européen exigeant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum. À Niamey, les autorités dénoncent une ingérence dans les affaires internes du pays et réaffirment leur détermination à défendre leur souveraineté face à toute pression extérieure.
La tension diplomatique entre le Niger et l’Union européenne franchit un nouveau palier. À la suite d’une résolution adoptée par le Parlement européen réclamant la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum, les autorités nigériennes ont exprimé une ferme protestation. Le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a convoqué la chargée d’affaires par intérim de la délégation de l’Union européenne au Niger, Mme Nicoletta Avella, pour lui notifier officiellement l’indignation du gouvernement face à ce qu’il considère comme une ingérence dans les affaires internes du pays. À l’issue de l’audience, une lettre officielle de protestation a été remise à la représentante de l’Union européenne, dénonçant une attitude qualifiée de paternaliste et condescendante de la part de l’institution européenne.
Dans cette correspondance, les autorités nigériennes réaffirment leur détermination à n’accepter aucune injonction extérieure, estimant que la gestion des questions politiques et judiciaires relevant de la souveraineté nationale ne saurait faire l’objet de pressions étrangères.
Une mobilisation de la société civile
La réaction de la société civile nigérienne ne s’est pas fait attendre, après la réaction officielle des autorités du pays. Réunies le dimanche 15 mars au siège de l’Union des scolaires nigériens (USN), plusieurs organisations citoyennes ont appelé à une union sacrée des Nigériens autour des orientations politiques et souverainistes défendues par les autorités du pays. Ces organisations considèrent que la résolution du Parlement européen constitue une tentative d’influence extérieure dans les affaires internes du Niger alors même que le pays affirme sa volonté de reprendre pleinement la maîtrise de son destin politique et économique. Prenant la parole lors de cette rencontre, le secrétaire général du mouvement M62, Sanoussi Mahaman, a estimé que la nouvelle orientation souverainiste du Niger suscite des résistances de la part de certains acteurs internationaux.
« Le choix opéré par notre pays de prendre son destin en main dérange ceux qui ont longtemps profité de nos ressources et de nos richesses », a-t-il déclaré, estimant que certaines pressions diplomatiques viseraient à freiner cette dynamique.
Des interrogations sur la cohérence des positions européennes
Au Niger comme dans plusieurs pays du Sahel, cette résolution européenne suscite également des interrogations quant à la cohérence des positions adoptées par certaines institutions internationales. Plusieurs voix s’interrogent notamment sur l’absence de réactions comparables dans d’autres situations politiques ou judiciaires observées ailleurs sur le continent africain. Le cas de l’ancien président gabonais Ali Bongo est souvent cité dans ce débat. Des proches de ce dernier, notamment Sylvia Bongo, avaient pourtant évoqué des accusations de mauvais traitements durant leur période de détention, sans qu’une mobilisation politique similaire ne soit observée au sein des institutions européennes. Ces perceptions alimentent dans certains cercles politiques et civiques du Sahel, l’idée d’un traitement différencié des situations nationales, parfois interprété comme la manifestation d’intérêts géopolitiques ou économiques.
Une affirmation croissante de la souveraineté dans l’espace sahélien
Dans ce contexte, les autorités et les organisations citoyennes nigériennes affirment leur volonté de défendre une ligne souverainiste claire en particulier au sein de l’espace de coopération formé par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour de nombreux acteurs politiques et sociaux de la région, la période actuelle marque une étape importante dans la redéfinition des relations entre les États sahéliens et leurs partenaires internationaux. L’objectif affiché est de bâtir des relations fondées sur le respect mutuel, l’égalité souveraine et la non-ingérence.
Au Niger comme dans plusieurs pays voisins, le message se veut sans équivoque, les peuples sahéliens entendent désormais défendre leurs choix politiques et préserver le contrôle de leurs ressources, tout en restant ouverts à des partenariats internationaux respectueux de leur souveraineté. Au-delà de cet épisode diplomatique, la réaction de Niamey s’inscrit dans un contexte plus large de recomposition des rapports entre certains États africains et leurs partenaires occidentaux. Pour les autorités nigériennes et une partie de la société civile, la défense de la souveraineté nationale et la maîtrise des choix politiques constituent désormais une priorité stratégique. Les décisions relevant des affaires nationales doivent être prises par les peuples concernés dans le respect du principe fondamental de non-ingérence.




Comments