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GUERRE IRAN-ETATS UNIS : SILENCE DE L’AES, PROCES A CHARGE OU ANGLE MORT DIPLOMATIQUE ?

  • 20 hours ago
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Alors que Jeune Afrique pointe du doigt la discrétion des États sahéliens face au conflit irano - américain, une question s’impose : pourquoi ce silence serait-il problématique ici, et acceptable ailleurs ? Entre souveraineté assumée, prudence stratégique et traitement médiatique différencié, l’analyse mérite d’être rééquilibrée.


Un silence sélectif, une indignation à géométrie variable. Voilà, en filigrane, ce que révèle davantage l’analyse de Jeune Afrique que la posture réelle des États de l’Alliance des États du Sahel (AES). Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’une guerre ouverte entre l’Iran et les États-Unis, deux puissances aux ramifications géopolitiques mondiales. Un conflit à haute intensité, dont les conséquences dépassent largement les frontières du Sahel. Dans un tel contexte, le silence diplomatique n’est ni une anomalie, ni une exception sahélienne : il est, au contraire, une constante.

Où sont dans cette grille de lecture, les prises de position des États de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest ? Quelles déclarations fermes ont émané des grandes capitales africaines, souvent promptes à commenter les crises internationales lorsqu’elles s’y sentent directement concernées ? Le mutisme observé n’est pas l’apanage de l’AES, il est largement partagé. Le passer sous silence pour concentrer la critique sur trois pays sahéliens relève moins de l’analyse que du procès à charge.

En réalité, les États de l’AES ne sont tenus à aucune injonction diplomatique dans ce conflit. Ni alliés formels de Téhéran, ni parties prenantes aux opérations militaires américaines, ils évoluent dans un espace où la prudence stratégique s’impose. Exiger d’eux une prise de position reviendrait à leur assigner un rôle qu’ils n’ont ni revendiqué, ni accepté. Ce qui semble surtout déranger, c’est la trajectoire politique engagée par ces pays. Depuis leur rupture progressive avec certains partenaires traditionnels, leur volonté affichée de redéfinir les termes de leur souveraineté suscite crispations et commentaires. L’AES, en cherchant à s’affranchir de certaines logiques d’influence, bouscule des équilibres établis de longue date. Faut-il, pour autant, leur reprocher de tenter de repenser leur stratégie sécuritaire ? De vouloir lutter contre le terrorisme autrement, en diversifiant leurs partenariats et en reprenant la main sur leurs choix politiques ? La question mérite d’être posée sans prisme idéologique.

Car au fond, le débat dépasse la seule actualité iranienne. Il touche à une interrogation plus large : celle du droit des États africains à définir librement leur positionnement international. Une souveraineté qui ne saurait être à géométrie variable, applaudie lorsqu’elle s’aligne sur certaines puissances, mais suspecte dès qu’elle s’en éloigne.

En filigrane, une autre lecture s’impose : celle d’un traitement différencié. Les hésitations, les silences ou les calculs stratégiques sont tolérés ailleurs ; ils deviennent, dès lors qu’il s’agit de l’AES, des fautes politiques, voire des contradictions idéologiques. À ce titre, l’analyse proposée par Jeune Afrique apparaît moins comme un éclairage que comme une prise de position implicite. Une posture qui interroge, tant elle semble s’inscrire dans une lecture critique systématique des dynamiques sahéliennes actuelles.

Or, un média qui se revendique africain ne saurait se contenter d’accompagner une narration univoque, au risque de paraître souhaiter l’échec des expériences politiques qu’il observe. L’exigence journalistique commande davantage de nuance, d’équilibre et de contextualisation. Car au-delà des divergences d’analyse, une évidence demeure : les États de l’AES, comme tous les autres, avancent dans un environnement contraint, complexe et profondément mouvant. Leur silence, dans ce contexte, n’est pas nécessairement une faiblesse. Il peut aussi être, tout simplement, une stratégie.

Au fond, la véritable question n’est peut-être pas pourquoi l’AES se tait, mais pourquoi son silence dérange autant. Car lorsqu’un choix souverain devient suspect, ce n’est plus la diplomatie qui est en cause, mais plutôt le regard posé sur elle.


 
 
 

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