RPP/ LE BURKINA ENTRE GUERRE ET REFONDATION
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Un an après la proclamation de la Révolution progressiste populaire, le Burkina Faso essaie d’imposer une trajectoire singulière dans le Sahel, qui est de faire de la souveraineté non plus un slogan, mais un programme d’action. Infrastructures, réformes, reconquête de l’autorité publique, financement national de l’effort sécuritaire, embellissement urbain, mobilité renforcée malgré la guerre, Ouagadougou veut prouver qu’un État peut encore bâtir, gouverner et se redresser.
C’est une ligne de crête.
Étroitement politique.
Profondément stratégique.
Car ici, il ne s’agit plus seulement de résister. Il s’agit de reprendre la main.
Il est des nations qui traversent l’Histoire. Et d’autres qui, dans l’épreuve, décident de la redéfinir. Le Burkina Faso semble avoir choisi la seconde voie.
Un an après la proclamation de la Révolution progressiste populaire, le pays ne se contente plus de tenir debout face à la tempête. Il tente désormais autre chose, plus ambitieux, plus difficile, plus risqué aussi, celle de rebâtir un État, de réorganiser la société, de remettre en mouvement l’économie publique et de restaurer la capacité nationale d’agir, alors même que le bruit des armes continue de peser sur son horizon. C’est là, toute la singularité de la séquence burkinabè qui est de faire de la guerre non pas une parenthèse paralysante, mais le point de départ d’une réaffirmation politique. Car au Burkina Faso, le pari de cette révolution est clairement celui de présenter au monde que la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit. Et elle se construit dans le dur.
Reprendre l’État, le cœur de la doctrine
Le premier enseignement de cette année écoulée est sans doute celui que le Burkina a choisi de remettre l’État au centre de tout. Dans les infrastructures, dans l’aménagement, dans la sécurité, dans la circulation urbaine, dans les arbitrages économiques, dans la conduite des priorités nationales, la logique est désormais lisible. Il faut rendre à l’État sa capacité d’impulsion, de direction et de présence visible. Ce recentrage n’est pas seulement administratif. Il est doctrinal. Dans un contexte sahélien marqué par l’affaiblissement prolongé des institutions, Ouagadougou a visiblement compris qu’aucune bataille ni militaire, ni sociale, ni symbolique, ne peut être gagnée sans un appareil public capable de planifier, d’exécuter et d’assumer ses choix. La Révolution progressiste populaire s’inscrit donc d’abord dans cette volonté de faire de l’État un instrument de reconquête.
Non pas un État spectateur.
Non pas un État sous perfusion. Mais un État qui décide, qui agit et qui imprime une direction.
Lutter contre le terrorisme sans hypothéquer la souveraineté
Au Burkina Faso, toute lecture sérieuse de l’année écoulée doit évidemment passer par la question sécuritaire. Mais il faut aller plus loin que la seule lecture militaire. Ce que le pays essaie de mettre en place dépasse la riposte armée. Il s’agit d’une tentative de reconfiguration stratégique globale, dans laquelle la lutte contre le terrorisme n’est pas pensée uniquement comme une affaire de soldats, mais comme une question nationale totale, engageant les finances publiques, la mobilisation populaire, les choix de gouvernance et la résistance psychologique du pays tout entier. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’un des faits les plus marquants de l’année qui n’est autre que le financement de la lutte contre le terrorisme sur fond propre. À travers le Fonds de soutien patriotique, renouvelé pour 2026, les autorités burkinabè ont confirmé leur volonté de soutenir l’effort de guerre à partir de ressources internes, avec l’ambition de garantir une base de financement nationale, continue et autonome. À fin septembre 2025, les autorités avaient annoncé plus de 142 milliards de FCFA mobilisés pour appuyer notamment les forces combattantes et les Volontaires pour la défense de la patrie. Cette stratégie a été officiellement reconduite pour 2026.
Ce choix a une portée considérable. Dans un environnement où nombre d’États africains ont longtemps externalisé leur sécurité, le Burkina envoie un signal de rupture et se montre comme un pays qui entend assumer le coût de sa propre défense afin de préserver l’indépendance de sa décision.
C’est une ligne exigeante.
C’est une ligne coûteuse. Mais c’est aussi, profondément, une ligne de souveraineté.
Des villes plus propres, plus ordonnées, plus respirables
Une révolution n’existe vraiment que lorsqu’elle devient visible dans la vie quotidienne. Or, depuis un an, l’un des aspects les plus perceptibles de la dynamique burkinabè réside dans cette volonté de réinvestir l’espace urbain, l’embellissement des villes, l’amélioration du cadre de vie, la réorganisation de certains espaces, la volonté de donner davantage d’ordre, de lisibilité et de dignité à l’environnement urbain. Ce point mérite d’être pris au sérieux.
Dans les pays sous tension, la dégradation des villes est souvent le premier signe de l’affaissement du contrat social. Routes dégradées, circulation chaotique, désordre public, abandon esthétique, fatigue visuelle des centres urbains. Le Burkina semble vouloir prendre le contrepied de cette fatalité. Embellir, assainir, réorganiser, remettre en ordre, ce n’est pas seulement faire du décor. C’est restaurer une confiance civique. C’est rappeler à la population que l’État ne se réduit pas à la sécurité. Il est aussi responsable du quotidien, du cadre de vie, de la qualité même de l’expérience urbaine. Et cela compte. Beaucoup plus qu’on ne le croit.
Les bus de la reconquête, quand la mobilité devient un projet politique…
Il est rare qu’un simple bus raconte une vision du pouvoir. Et pourtant. L’une des images fortes de cette première année de Révolution progressiste populaire est celle de la modernisation de la mobilité urbaine, notamment à travers le renforcement significatif du parc de transport public. En janvier 2026, 375 nouveaux bus ont été remis à la SOTRACO, après une première livraison de 155 bus en août 2025, portant à 530 le nombre total de bus acquis dans le cadre du Projet de mobilité urbaine du Grand Ouaga et de l’Initiative présidentielle pour une éducation de qualité. L’objectif affiché est d’améliorer les déplacements des populations, mais aussi faciliter la mobilité scolaire et universitaire.
Là encore, le symbole est puissant.
Car dans bien des capitales africaines, la mobilité est devenue une frontière sociale. Celui qui se déplace mal vit moins bien. Il travaille moins bien. Il étudie moins bien. Il habite une ville sans vraiment y avoir accès. En investissant dans le transport collectif, le Burkina ne répond donc pas seulement à une contrainte logistique. Il agit sur la cohésion urbaine, la dignité sociale et l’égalité d’accès à la ville. Un bus qui roule, dans ce contexte, n’est pas un simple véhicule. C’est une promesse publique qui circule.
Les infrastructures comme preuves de sérieux
Dans les moments de bascule historique, les peuples ne se fient pas aux proclamations. Ils observent les preuves. Et dans cette année de Révolution progressiste populaire, les infrastructures ont précisément joué ce rôle. Un rôle de preuve palpable que malgré le contexte sécuritaire difficile, le pays se construit.
Preuves que le pays ne veut pas seulement résister, mais se réorganiser.
Preuves que la puissance publique veut laisser des marques tangibles.
Preuves qu’au milieu des urgences, il reste encore possible de planifier.
Dans un pays confronté à une pression sécuritaire extrême, chaque réalisation visible prend une portée plus grande qu’ailleurs. Elle signifie que le temps long n’a pas complètement disparu. Que l’État ne soit pas réduit à l’urgence. Que l’avenir n’est pas totalement suspendu à la guerre. En cela, le Burkina tente de construire quelque chose de rare.
Au fond, le Burkina Faso joue aujourd’hui bien plus qu’une transition. Il joue une tentative de redéfinition d’un État en temps de guerre qui combat, qui finance, qui construit, qui transporte, qui aménage, qui résiste et qui refuse de se laisser réduire à sa vulnérabilité. Si ce pari tient dans le temps, alors le premier anniversaire de la Révolution progressiste populaire ne sera pas seulement une commémoration. Il restera comme le moment où un pays assiégé a choisi, malgré tout, de continuer à bâtir.




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