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CIVISME FISCAL / QUAND L’EXEMPLARITE S’INVITE A LA PRESIDENCE DU FASO

  • 2 days ago
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En se prêtant à l’exercice du paiement des impôts domestiques dans le cadre de la Journée de l’exemplarité fiscale, le personnel de la Présidence du Faso a posé un acte à forte portée civique. À l’heure où le Burkina Faso est engagé dans une séquence historique marquée par l’exigence de souveraineté, de résilience et de refondation, ce geste dépasse la simple formalité administrative. Il rappelle qu’aucun État ne se fortifie durablement sans une adhésion active de ses citoyens à l’effort contributif national.


Les nations ne se construisent pas seulement dans les grandes proclamations, les choix géopolitiques ou les élans de mobilisation populaire. Elles se consolident aussi dans ces gestes moins spectaculaires, mais infiniment plus structurants, par lesquels une société accepte de financer sa propre continuité. Au Burkina Faso, la Journée de l’exemplarité fiscale organisée à la Présidence du Faso s’inscrit dans cette grammaire de l’État où l’autorité publique choisit d’incarner, avant d’ordonner. Le symbole est d’autant plus puissant qu’il intervient dans un moment de forte densité nationale. Dans un pays confronté à des défis sécuritaires, sociaux, territoriaux et économiques d’une ampleur exceptionnelle, la question fiscale ne relève plus d’un simple impératif de gestion. Elle touche désormais au cœur même de la capacité de l’État à se tenir debout, à agir et à durer. En se mobilisant pour s’acquitter de leurs impôts domestiques, les agents de la Présidence du Faso n’ont donc pas seulement accompli un devoir administratif. Ils ont, d’une certaine manière, réaffirmé le lien de responsabilité qui unit le citoyen à la République.

L’impôt, socle discret mais décisif de la souveraineté

Dans de nombreux espaces africains, l’impôt continue de souffrir d’un déficit d’imaginaire positif. Il est souvent vécu comme une charge, parfois comme une sanction, rarement comme un acte de participation à la chose publique. Cette perception, héritée à la fois de trajectoires historiques complexes et d’une relation parfois inachevée entre l’État et le contribuable, constitue l’un des principaux obstacles à la consolidation des finances publiques sur le continent. Or, pour le Burkina Faso, engagé dans une quête affirmée d’autonomie stratégique, la fiscalité ne saurait demeurer un angle mort de la citoyenneté. Il n’est pas de souveraineté crédible sans ressources propres. Il n’est pas de puissance publique durable sans contribution nationale assumée.

Chaque impôt acquitté participe de manière concrète au financement des infrastructures, des écoles, des centres de santé, d‘équipements publics, de soutien aux collectivités et plus largement à la capacité de l’État à répondre aux attentes de sa population dans un environnement sous tension. Dans cette perspective, le paiement de l’impôt ne relève pas uniquement de la conformité légale. Il procède d’un patriotisme économique profond, celui qui consiste à reconnaître que le développement d’un pays ne peut reposer exclusivement ni sur l’aide extérieure, ni sur l’endettement, ni sur l’attente passive d’un salut venu d’ailleurs.

L’exemplarité comme méthode de gouvernement

L’intérêt majeur de cette initiative réside dans la hiérarchie du message qu’elle établit. Avant d’appeler les burkinabè à davantage de civisme fiscal, l’institution présidentielle a choisi de faire de sa propre administration un espace de démonstration. Ce choix n’est pas anecdotique. Il traduit une compréhension fine d’un principe fondamental de gouvernance qui révèle que l’autorité morale de l’État se mesure d’abord à sa capacité à s’appliquer à lui-même les exigences qu’il formule à l’endroit de la société. Dans un contexte où les opinions publiques africaines sont de plus en plus attentives à la cohérence entre discours et pratique, cette forme d’exemplarité institutionnelle constitue un levier essentiel de crédibilité. Elle contribue à restaurer cette condition indispensable de l’adhésion fiscale que l’effort demandé n’est ni arbitraire, ni unilatéral, mais partagé dans un cadre d’intérêt général.

En cela, la Journée de l’exemplarité fiscale dépasse le registre du rituel administratif. Elle s’apparente à une tentative de re-légitimation civique de l’impôt dans l’espace public burkinabè.

Refonder le contrat fiscal pour refonder l’État

Il faut ici mesurer l’enjeu dans toute sa profondeur. L’impôt n’est pas qu’un instrument budgétaire. Il est aussi l’un des fondements les plus solides du contrat politique entre l’État et les citoyens. Là où la contribution est consentie, la demande de redevabilité devient plus forte. Là où l’impôt est assumé, l’exigence de résultats publics devient plus légitime. Là où chacun contribue, chacun se sent plus autorisé à demander des comptes. Autrement dit, une fiscalité mieux comprise et mieux acceptée ne renforce pas seulement les recettes publiques elle renforce également la qualité du lien démocratique et civique. Pour le Burkina Faso, cet enjeu est capital. Dans une période où le pays cherche à refonder ses bases institutionnelles et à consolider sa capacité d’action autonome, l’élargissement de la conscience fiscale constitue l’un des chantiers les plus stratégiques, quoique les moins spectaculaires. Car aucun redressement durable n’est possible si la nation ne parvient pas à faire de l’impôt non plus un sujet périphérique, mais un acte normal de participation à l’effort collectif.

À l’heure où le Burkina Faso cherche à reconquérir pleinement les leviers de sa destinée, l’impôt retrouve sa signification la plus noble. Pas celle d’un prélèvement subi, mais celle d’une contribution consciente à la permanence de la nation. En donnant l’exemple depuis le sommet de l’État, la Présidence du Faso rappelle une évidence que les grandes nations ont toujours comprise qu'on ne bâtit ni souveraineté, ni puissance publique, ni avenir collectif durable sans citoyens fiscalement engagés dans le destin de leur pays.

 
 
 

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