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SECURITE REGIONALE / LE CRI D’ALERTE DE LOME

  • 2 hours ago
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L’avertissement lancé par le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, ne relève ni de l’excès diplomatique ni d’une simple posture politique. Il traduit une réalité stratégique que l’Afrique de l’Ouest ne peut plus se permettre d’ignorer en matière de sécurité dans la sous-région. Si l’Alliance des États du Sahel vacille, c’est l’ensemble de l’équilibre ouest-africain qui se trouve menacé.

Il est des paroles qui au-delà de leur portée politique sonnent comme un devoir de lucidité. En déclarant que « si l’AES vacille aujourd’hui, c’est toute la région qui sera menacée », Robert Dussey a mis des mots justes sur une inquiétude profonde mais bien réelle. Une inquiétude qui dépasse les frontières, les institutions et les rivalités diplomatiques pour toucher à l’essentiel, la stabilité collective de l’Afrique de l’Ouest. Depuis plusieurs années, le Sahel s’est imposé comme le théâtre d’une crise sécuritaire persistante, complexe et mouvante. Le terrorisme, les trafics transfrontaliers, les déplacements massifs de populations et l’affaiblissement de certaines structures étatiques ont progressivement installé une fragilité durable dans cette partie du continent. Or, il serait profondément erroné de croire que cette instabilité peut rester contenue dans un espace géographique limité. Les menaces qui frappent aujourd’hui le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne s’arrêtent ni aux lignes tracées sur les cartes ni aux divergences politiques entre États. Elles circulent, s’adaptent, se déplacent et s’étendent. Les agressions terroristes au Bénin en est un exemple palpable. En d’autres termes, ce qui se joue au Sahel ne concerne pas uniquement les pays de l’AES. Cela engage de manière directe ou indirecte, l’avenir sécuritaire de toute l’Afrique de l’Ouest.

Le Togo en particulier, mesure avec acuité la gravité de cette réalité. Situé à la lisière d’un espace sahélien de plus en plus sous tension, il sait que les foyers d’instabilité finissent toujours par produire des répliques au-delà de leur point d’origine. Dès lors, l’alerte formulée par Lomé ne doit pas être perçue comme une simple prise de position diplomatique mais comme un appel à la responsabilité régionale.

Il serait dangereux que les fractures politiques entre l’Alliance des États du Sahel et la Cédéao conduisent à une rupture durable des mécanismes de coopération sécuritaire. Les divergences institutionnelles, aussi sérieuses soient-elles, ne sauraient justifier un affaiblissement des solidarités face à une menace commune. Car lorsqu’il s’agit de terrorisme, de déstabilisation armée et de sécurité des populations, l’inaction ou le cloisonnement ne constituent jamais une solution. C’est pourquoi la notion de sécurité « indivisible » défendue par Robert Dussey, mérite une attention particulière. Elle rappelle une vérité fondamentale qu’aucun État ne peut durablement préserver sa propre stabilité si son voisinage immédiat s’effondre. Il n’existe pas de paix isolée dans une région traversée par les mêmes risques, les mêmes vulnérabilités et les mêmes défis stratégiques.

L’heure impose donc moins de postures que de clairvoyance. Les capitales ouest-africaines doivent comprendre que la sécurité régionale ne peut être pensée en blocs opposés, en intérêts fragmentés ou en appartenances concurrentes. Elle doit être envisagée comme une responsabilité partagée, fondée sur le dialogue, la coopération, le renseignement, la coordination militaire et la volonté politique de préserver l’essentiel. Dans ce contexte, la voix du Togo apparaît comme celle d’un pays qui refuse l’indifférence et qui choisit, au contraire, d’appeler à une prise de conscience collective. Ce cri d’alerte n’est pas celui de la peur mais il est celui de la prévoyance. Et en matière de sécurité, la prévoyance demeure toujours plus sage que le regret.

Lomé a eu raison de tirer la sonnette d’alarme. Car lorsqu’une région commence à traiter ses menaces comme des problèmes lointains, elle prépare souvent, sans le vouloir, ses propres lendemains d’incertitude.

 
 
 

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